portée disparue Quelque part entre le mythe du triangle des Bermudes et Lost, la Lorraine ne sait plus où elle est, ni qui elle est, et beaucoup plus grave elle ne sait plus où elle va.

On croyait avoir laissé dans les limbes de l'Histoire les disparitions brutales du tissu économique régional. La fin du charbon et la fin de la sidérurgie avaient provoqué la colère dans une région qui a tant donné à la France. Avec l'annonce du plan de fermeture de Gandrange, de l'usine Michelin de Toul, la fermeture de l'usine Altadis de Metz, les désastres économiques se succèdent depuis l'élection du nouveau Président de la République. Un climat favorable aux plans sociaux semble s'être installé, et ce ne sont pas les grandes envolées lyriques qui sauveront la Lorraine.

Démerdez-vous à moyen constant

Dans son discours de campagne du 17 avril 2007 à Metz, le candidat Sarkozy avait fait des promesses qu'il est assez savoureux de rappeler maintenant : "Je veux le dire solennellement ce soir : je n’accepte pas l’idée d’une désindustrialisation inévitable. Je veux être le Président qui prendra à bras-le-corps le problème des délocalisations." Ca sonne comme une promesse, ça fait concerné envers la fière Lorraine, et en même temps ça n'engage à rien quand on n'a aucune parole.

Ce discours est aujourd'hui remplacé par une série d'attaques contre la Lorraine. Et cette fois-ci, contrairement au charbon et à la sidé, il n'y aura pas de compensation.

La Révision Générale des Politiques Publiques a ceci de constant qu'elle détruit sans panser les plaies : "Démerdez-vous à moyen constant". Le pacte républicain est rompu par une poignée de bureaucrates. La Lorraine a la tête sous l'eau, et Paris appuie très fort. La Lorraine n'aura pas un centime de plus, tout juste quelques piécettes si les gueux font du bruit.

La Lorraine oubliée du plan Campus

Nancy tire la tronche, Metz aussi. L'Université Lorraine qui devait unir les quatre Universités de Nancy et Metz en une Université Lorraine s'est vue refuser le titre de pôle d'excellence, malgré la qualité du dossier déposé. Les facultés régionales ne toucheront donc pas les 252 millions d'euros qui auraient permis à la Lorraine de franchir un palier. L'atout principal de la métropole nancéienne est donc sérieusement freiné. La cité ducale devra compenser en trouvant des fonds par elle-même, tout en étant en concurrence avec les pôles choisis.

La carte militaire fusille la Lorraine

Coup de tonnerre à Metz et à Bitche. Alors que l'attention s'était surtout focalisée sur Dieuze, le maire UMP de la commune du Saulnois a su tirer son épingle du jeu de massacre qui consistait à supprimer des sites militaires en France, et obtenu de vraies compensations. Mais la Lorraine est la région la plus touchée en France, et la Moselle le département le plus touché.

Metz au peloton d'exécution

"Metz ce n'est pas le plus important" déclarait le Président du Conseil Général de Moselle au magazine Challenge. Philippe Leroy préfère les zones rurales aux zones urbaines. Il n'a pas bougé le petit doigt pour défendre Metz. Conjuguez cela à un nouveau maire de gauche à Metz (une première depuis 1848 !) et le peloton d'exécution est parfait. Le Républicain Lorrain ne s'y trompait pas le lendemain du drame, en titrant en pleine première page : la saignée. L'agglomération messine va perdre 8000 militaires, soit une perte sèche pour la région messine de 200 millions d'euros par an. L'emblématique base aérienne 128 de Frescaty va disparaître. Le 1er régiment médical basé à Chatel-Saint-Germain (1 055 personnes) et le centre d’instruction de santé de Montigny (69 personnes) sont dissous. L’état-major de la brigade de renseignement (141 personnes) quitte Metz pour Haguenau. Le 2e régiment du génie basé à Metz (874 personnes) et la direction régionale des essences (56 personnes) sont dissous.

Le maire de Metz s'est dit "extrêmement choqué et scandalisé. Il s'agit pour la ville d'une nouvelle saignée comparable à celle enregistrée à la fermeture de la sidérurgie. On sacrifie non seulement des installations importantes mais également de la matière grise", a ajouté Dominique Gros. "Nous sommes pris pour des bouseux de province." ajoute-t-il dépité.

Metz est d'autant plus touchée que l'Etat a décidé de se désengager de sa mission culturelle. L'Opéra de Metz perd ses subventions. Comme si ça ne suffisait pas l'Etat pourrait aussi se désengager du futur Hopital Schuman à Metz. Désengagement après désengagement, que va-t-il rester de la France à Metz ? Et qui peut prétendre aujourd'hui qu'on ne tire pas sur l'ambulance ?

Bitche et Commercy sont littéralement sacrifiées

Ce sont 1 257 militaires qui partiront de Bitche avec la disparition du 57e RA. Il restera des friches et des bâtiments vides. Le camp militaire couvre 3 600 hectares. Les promesses de compensation, Gérard Humbert n'y croit guère. "Quand le 4e Cuir est parti il y a dix ans, on nous a fait des promesses. Il y a eu des réunions, des commissions, et pour finir le site a été dépollué et la ville l'a racheté pour 500 000 euros." Il parle d'une "vaste fumisterie".
A Commercy, les élus ont tenté de faire front uni, et c'est toutes tendances confondues qu'ils ont bataillé. Mais cela n'a pas suffi. Le maire s'y attendait. "On le savait puisque c'est un régiment d'artillerie." Officiellement, il n'a aucune information sur une compensation au départ de 900 emplois. Le régiment qui a permis la victoire de Napoléon à Austerlitz disparaîtra en 2011.  "Il y a bien des rumeurs qui parlent d'une unité allemande, Gérard Longuet s'est beaucoup avancé là-dessus. Mais moi je n'ai pas d'information." 

Justice pour tous, sauf pour les Lorrains

La justice de proximité n'est pas une priorité pour le nouveau gouvernement. Avec la carte judiciaire, on peut là aussi abandonner la Lorraine.

Carte après carte, la France se modernise, sans la Lorraine. Tout ce que la région obtient, ce sont des déchets nucléaires à Bure. Faire comprendre à une région qu'elle n'est plus bonne qu'à accueillir des déchets, est-ce la meilleure façon de faire respecter la devise de nos frontons ? Liberté, égalité, fraternité sonnent aujourd'hui très creux. Attention au retour de flammes.

Il est du devoir de chaque Lorrain de faire connaître ce recensement macabre, très peu relayé dans les organes de propagandes médiatiques.