Sur le forum nous avons déjà évoqué le mot du général Patton : "Metz is hard to take". Metz est difficile à prendre... D'autant que la route était longue depuis les bombardements anglais qui touchaient Metz-Sablon en 1942.

Alors que l'on commémore cette libération, souvenons-nous aussi de ce qu'a enduré la population de la ville. Pendant les vaches maigres de l'annexion, elle fut terrorisée par les bombardements Alliés, en particulier au Sablon, à Magny et route de Magny. Les morts étaient rassemblés au gymnase de l'école Rabelais avant d'être enterrés.

Une vieille dame qui n'a plus toute sa tête aujourd'hui fût retrouvée seule survivante de sa famille dans un cratère à Magny, complètement sonnée et marquée à jamais. Elle vit encore à l'heure de cette commémoration.

Une autre mémoire vivante, proche de la "dame du cratère" a bien voulu nous faire partager son témoignage de première main... Sans forcément parvenir à tout remettre dans l'ordre, elle nous fait savoir ce qu'elle a vécu comme enfant pendant la guerre.

Juste avant la libération, on voyait les obus tomber depuis le Mont Saint Quentin... Je me souviens juste que ça sifflait tout le temps : j'allais chercher du lait en rasant les murs et puis je retournais dans la cave. J'allais aussi glaner des patates dans les champs. On vivait surtout dans les caves (à l'approche de la libération). J'ai vu aussi des Ukrainiens (des prisonniers de guerre qui se promenaient en liberté) dans les fossés, tués par les obus. Ils étaient habillés de loques grises. Ils n'avaient pas le droit de circuler à plusieurs. C'était des pauvres petites gens.


A la libération on est sortis et on a vu les américains. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait : ils devaient faire leur boulot. On leur a donné une bouteille de schnaps et ils se la passaient. Puis on est vite rentrés. On était contents, parce qu'on avait eu faim, froid et peur, et on voyait le bout du tunnel.


Depuis quelques temps à peine, j'arrive à regarder des reportages sur cette guerre... Avant je n'y arrivais pas. Je ne supportais plus le bruit des bottes allemandes, même à la télé, même des décennies après. Rue ********* il y avait une maison : un jour mon père quand les soldats passaient il a crié vive la France (il avait toujours un coup dans l'aile il faut dire). Heureusement les soldats chantaient et on a l'a tiré en arrière, ils n'ont rien entendu... On aurait fini dans un camp. 


Il y avait de l'ordre avec les allemands, mais si tu te tenais à carreaux, ça allait. Il fallait marcher droit. Mais le bruit des bottes, non je n'ai jamais pu le supporter. Beaucoup de gens étaient partis quand ils sont arrivés à Metz, mes tantes sont parties à Paris. Moi j'étais une gosse. Il y avait des Sarrois au dessus de chez nous, on jouait avec les enfants sans problème. Les Sarrois c'est un peu comme les Lorrains.

Par contre les petites allemandes à l'école (filles de militaires) nous courraient après quand on parlait français et pas allemand... Une copine effrontée leur répondait toujours "ich spreche wie meine Schnuffel gewachsen ist". ("Je parle comme mon museau a poussé.") C'était la bagarre et on se sauvait, j'avais toujours les genoux ouverts.

On apprenait aussi l'anglais à l'école, sous l'annexion, et je ne comprenais pas pourquoi. "Les cons là ils nous bombardent et on doit apprendre leur langue". Les allemands disaient déjà que c'était la Weltsprache (la langue universelle).

Mais je dois dire qu'après la guerre c'était encore pas très joli, on avait encore des tickets.

Pendant la guerre, tout est permis... Les gens se dénoncent entre eux. Aujourd'hui ce serait bien pire. Les gens sont indifférents. On arrivait quand même à une certaine solidarité, on se serrait les coudes.